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Artisans engagés : Ahcene Moulla témoigne

Illustration chantier rénovation énergétique

Dans le cadre du programme CEE Territoires Zéro Exclusion Énergétique, l'engagement des artisans constitue un maillon essentiel de la réussite des chantiers de rénovation globale et performante. Leur rôle dépasse la seule dimension technique : il englobe la relation de confiance avec les ménages, la qualité de l'accompagnement, mais aussi la capacité à absorber des contraintes financières et administratives spécifiques à ce type de dispositif.

Ahcene Moulla, fondateur du groupe Anne Bault, est un entrepreneur engagé, fondamentalement convaincu que la rénovation énergétique des logements pour tous est un levier incontournable de la transition climatique et de la justice sociale. Artisan impliqué sur le territoire Zéro Exclusion Energétique Grand Paris Grand Est, il revient ici sur son expérience au sein du programme.

Pourquoi vous engager dans les chantiers Territoires Zéro Exclusion Énergétique ?

Ce programme est totalement aligné avec l'ADN de mon entreprise. Depuis le départ, notre objectif est de faire de la rénovation énergétique à impact mesurable : pour répondre aux enjeux environnementaux, bien sûr, mais aussi sociaux. Territoires Zéro Exclusion Énergétique, c'est précisément ça : on décarbone les usages, on améliore le confort, on réduit les factures, et on s'adresse à des ménages en précarité énergétique qui ont réellement besoin d'un accompagnement.

Au-delà des aspects techniques, ce programme redonne du sens au métier. La rénovation énergétique, ce n'est pas "du business pour du business". Quand on intervient chez des ménages très modestes, l'impact est encore plus concret : on n'est pas simplement sur un chantier, on est sur un projet qui change la vie au quotidien.

Qu’est-ce qui change vraiment sur un chantier Territoires Zéro Exclusion Énergétique, par rapport à un chantier “classique” ?

Il y a deux grandes différences : l'humain et l'équation économique.

Sur ces chantiers, on intervient auprès de publics fragiles. L'accueil est souvent plus chaleureux, plus direct, plus chargé émotionnellement. Les ménages ne nous voient pas uniquement comme "une entreprise qui fait des travaux" — ils nous accueillent parfois comme des personnes qui viennent les aider à sortir d'une situation bloquée. Pour les équipes, c'est fort : on sent immédiatement l'utilité de ce qu'on fait.

Mais il y a aussi la réalité financière. Sur un chantier classique, les paiements sont structurés et rapides. Sur les chantiers TZEE, la trésorerie devient un sujet central : il faut souvent avancer davantage, attendre plus longtemps, avec moins de visibilité. On peut avoir l'impression de "faire la banque" pour le client. Et à l'échelle d'une entreprise, ces décalages finissent par limiter la capacité à lancer de nouveaux chantiers — même quand on a les équipes et l'envie.

La montée en compétence est-elle un prérequis pour s'engager dans des chantiers TZEE ?

Oui, clairement, et c'est même l'un des aspects que je trouve les plus valorisants dans ce type de programme.

La rénovation globale performante, ce n'est pas à la portée de tous les artisans, non pas par manque de savoir-faire technique, mais parce que ça demande une vision d'ensemble que l'on n'acquiert pas du jour au lendemain. Il faut savoir lire un audit énergétique, comprendre les interactions entre les différents postes de travaux, et être capable de proposer un scénario cohérent plutôt que d'intervenir lot par lot. C'est une autre façon de penser le chantier.

Chez nous, cette montée en compétence s'est construite sur la durée : dès 2013, on s'est engagés dans des formations spécialisées, on a structuré un bureau d'études en interne, et on a développé des outils qui nous permettent d'analyser rapidement une situation et de proposer des solutions adaptées. Ce n'est pas un investissement neutre, mais c'est ce qui nous permet aujourd'hui d'être vraiment efficaces sur ces chantiers.

Mon message aux artisans qui souhaitent se lancer : ne sous-estimez pas cet aspect. Se former, se certifier, s'entourer des bons outils, c'est ce qui fait la différence entre subir la complexité du dispositif et en tirer le meilleur. Et c'est aussi ce qui garantit la qualité des travaux pour les ménages.

« La rénovation énergétique pour tous est une nécessité sociale autant qu’environnementale. »