Les évolutions récentes du DPE : vers une méthodologie plus précise ?
Depuis son lancement en 2006, le DPE a parcouru beaucoup de chemin.
En 2025, la loi Climat et Résilience a fait de cet indicateur coloré l’aune de la performance énergétique des logements. Plus la couleur de cette pastille tend vers le rouge, moins le logement est attractif pour les acheteurs, tandis que les loyers des logements en location dits « passoires énergétiques » (DPE F et G) ont été gelés.
Ce 1er janvier la méthode de calcul du DPE a été ajustée, notamment à travers l’évolution du coefficient d’énergie primaire¹ de l’électricité, pour mieux représenter le mix énergétique français (majoritairement décarboné). Du fait de cette baisse, le chauffage électrique est davantage valorisé dans le calcul du DPE. C’est-à-dire que, suite à des choix politiques et/ou d’amélioration du réseau de distribution, chauffer à l’électricité est désormais considéré comme plus efficace et moins émetteur : il devient ainsi plus simple d’atteindre une bonne étiquette avec une pompe à chaleur qu’avec d’autres systèmes de chauffage.
D’après le Service des Données et Études Statistiques (SDES) du ministère de la Transition écologique, 160 000 logements quitteraient le statut de “passoire énergétique” du seul fait de ces nouvelles règles, et ce sans modification du bâti ou des usages. En termes de volume, ce chiffre est l’équivalent de 38% des logements sortis de la précarité énergétique en 2024.
Pour autant, cela signifie-t-il que la précarité énergétique est en voie d’être éradiquée ?
Trois limites pourraient impacter très négativement notre programme et nos bénéficiaires
1. Un risque d’auto-censure renforcé
Du fait de leur statut de propriétaire, nos bénéficiaires ont tendance à s’auto-censurer, estimant qu’ils sont trop privilégiés pour recevoir de l’aide. Mais est-ce vraiment un “privilège” lorsque celui-ci empoisonne votre santé et vous enfonce dans la dette ? Améliorer automatiquement la note de leur DPE sans toucher aux problématiques sous-jacentes ne fera que nourrir ce biais de pensée : c’est le problème du DPE comme outil d’évaluation, et dénué de pédagogie.
2. Une vision partielle de la rénovation
Ce changement permet-il de mieux refléter la performance réelle des logements rénovés ? Pas nécessairement. Le système de chauffage n’est qu’un élément parmi d’autres d’une rénovation globale et performante. Le risque, avec un indicateur normé comme le DPE, est de survaloriser un élément unique au détriment de l’approche globale. Installer une pompe à chaleur ne rend pas un logement salubre si le système est mal dimensionné par rapport à la surface à chauffer ou que les autres postes de rénovation (isolation, ventilation, étanchéité à l’air) ne sont pas traités.
Difficile alors d’atteindre un gain de deux étiquettes, le minimum accepté par l’ANAH, si le logement est déjà équipé d’un chauffage électrique mais que ces autres problématiques persistent.
3. Un indicateur inadapté aux petits logements
Le DPE repose sur des logements “types”, généralement supérieurs à 80 m². Or, de nombreux ménages précaires vivent dans des logements plus petits. Le calcul ne reflète alors ni leurs usages réels, ni les contraintes propres à ce type de bâti et les résultats en sont faussés.
Pour notre programme d’accompagnement
Ces évolutions appellent donc à une vigilance accrue, afin d’éviter :
- des rénovations symboliques, pensées pour améliorer une étiquette plutôt que le confort et la santé des occupants ;
- des propriétaires de petits logements pénalisés, incapables de gagner deux classes DPE non pas faute de travaux pertinents, mais parce que l’indicateur est mal adapté à leur situation.
Le DPE reste un outil utile, mais il ne peut en aucun cas se substituer à une analyse fine du logement et des conditions de vie des ménages. Plus que jamais, l’accompagnement humain et la recherche de solutions réellement performantes restent essentielles pour lutter durablement contre la précarité énergétique.